Mes tweets pour @AllSinnersSerie

Le 28/11/2012, la #TwitterFiction projetée par l’écrivain transmédia @Balek prenait son envol. Une quarantaine de twitt’acteurs et actrices avaient choisi d’accompagner l’auteur aux alentours de sa fiction créee en twitt-live. Une inscription sur le site mis en place ad hoc (http://allsinnersserie.com/) et c’était un billet d’entrée pour la ville imaginaire de Yumington. Cinq jours durant, le temps du festival #TwitterFiction, les claviers surchaufferont pour créer une oeuvre aussi tentaculaire que singulière.

Ici, je reproduis l’ensemble de mes twetts, en ordre chronologique, ayant fait naitre et vivre mon personnage Evrest Reynomel dans AllSinnersSerie. J’y ai ôté les deux hashtags obligatoires pour que chaque tweet soit considéré comme valide (#AllSinners #TwitterFiction), 27 caractères en moins sur les 140 fameux que Twitter nous laisse libre d’illustrer. Merci donc à Jeff Balek de nous avoir permis de faire l’expérience de leur expression ensemble à lui.

28/11/2012 00h09

#1 Evrest…Evrest Reynomel…et si je me souviens de ce nom, c’est déjà beaucoup…E lei, dov’è? Où elle est?..

#2 -« Pourquoi Yumington? » Demande-t-on à qui vit dans le désert pourquoi ne va-t-il pas vivre en bord de plage?

#3 Pour un tailleur de pierre, quoi qu’il en soit, c’est le désert. Qui a besoin d’une pierre de nos jours?

#4 Evrest…Ma lei dov’è ?…Elle est là ? Elle est arrivée ?…Elle arrive toujours…à tout…

#5 Et ces insignes, ces enseignes..où va-t-on?…

#6 Ils rigolent. -« On dira qu’il était mort » La portière claque…des flaques…cloaque clignote ‪@CryingRavenBar‬

#7 J’ai tellement entendu crier, hurler…j’entendais, j’attendais, c’était elle… »Tu n’as rien vu à Hiroshima »…

………………

#8 Evrest se réveillait toujours un oeil après l’autre, une technique boudiste se plaisait-il à dire. A soi-même.

#9 Il ouvra donc l’oeil gauche, et pendant quelques secondes explora son atelier. Puis le droit compléta l’analyse.

#10 Il n’aura pas trop de ces deux jours, ranger, décaper et faire ce nid douillet qu’il ne concevait que pour Elle

#11 La poussière tanguait dans un rayon de lumière concentrée comme lors des ciels d’orage.

#12 Soulevé, le rideau brodé qu’elle lui envoya au printemps révéla à Evrest la situation à venir.

#13 Il n’a jamais compris l’intérêt des gens envers les prévisions météo, pire encore celles du jour passé.

#14 Evrest ne comprendrait jamais plein de choses d’autrui, sans s’en préoccuper d’ailleurs. Il aimait l’autre sens.

#15 Il n’était pas anticonformiste, non même cela aurait été s’habiller pour paraître, il aurait voulait être nu.

#16 Homme des cavernes, être nu avec elle, dans leur grotte et rêver ensemble à l’enfance éternelle.

#17 Evrest souriait, seul encore…son atelier transformé en caverne et improvisa sur la table comme une derbouka.

#18 Il vit bien l’embouteillage sur le pont principal à Petite Italie mais n’en pensa rien. Une tôle du toit bailla.

#19 Elle serait là, auprès tout proche riante d’étincelles. Marteau, des clous de 25, des éclairs. Coup de foudre.

#20 Il monta sur le toit, sentit comme une rumeur monter des quartiers à ses pieds. Graziano, son voisin, criait.

#21Les bras en l’air, le vieil homme aux yeux clairs criait d’une voix lasse de n’être plus jamais écoutée.

#22 Evrest avait toujours eu un bon feeling avec les anciens, pas de mérite, leur regard reflétait la vie.

#23 Et la vie de l’enfant au vieillard invente ses expressions au terme de chaque jour.

#24 Un coup de vent violent fit voler Graziano contre sa remise branlante. Et tomber Evrest de ce toit sans fortune.

#25 Il se vit acteur de film muet à marcher ainsi contre le vent, avec son esprit toujours prêt à s’évader au loin.

#26 Graziano avait sans doute besoin de lui, depuis son œil perdu il ne parvenait plus à « bouiner ». Evrest l’aidait.

#27 Et puis ils mangeaient ensemble, du rude qui laissait son empreinte sous la dent, comme le vin sur les lèvres.

#28 Graziano avait bu, trop pour tenir sur ses jambes avec ce vent et s’il n’en avait perdu l’habitude il aurait ri.

#29 La table était pleine des miettes, ce matin Graziano avait déjeuné au vin blanc. Pain fait maison, four à bois.

#30 Mortadella coupée fine qu’une camionnette-boucherie lui portait une fois la semaine. Graziano faisait peine.

#31 – « …Toujours pensé que mourir serait bref » commença-t-il contrastant avec un des ses principes: jamais penser.

#32 Evrest l’aida à s’allonger sur le lit haut, dans la pièce cuisine-chambre-salon sombre comme sans amour.

#33 Il avait beaucoup de choses à faire mais ne pouvait laisser seul celui qui sut le voir autrement. Étranger.

#34 Graziano s’était endormi et Evrest vit dans ce corps allongé l’inutile couplé à l’essence même. Une forme d’art.

#35 La pièce vibrait de cet air singulier que présente l’inconnu lorsqu’il s’impose. Et le vent la rendait close.

#36 Pourquoi avait-il évoqué la mort? La dignité de cet homme seul l’avait jusque-là élevé au rang de supérieur.

#37 Une échine qui flanchait sans se rompre, une solitude en béton armé, un esprit trop libre pour souffrir vraiment

#38 Mais il manquait deux jours à son arrivée, trop à faire. Il lui alluma la télé et sortit. ‪http://wp.me/p2SxEk-6U 

#39 Ce qu’Evrest détestait le plus dans la pluie, c’était le parapluie, sous les trombes d’eau il rentra chez lui.

#40 Il pensa un instant l’appeler mais la zone maritime où elle se trouvait encore l’en empêchait. Demain peut-être.

#41 Alors il se mît à ranger. Comme il l’attendait, il lui sembla juste de s’écouter le Velvet ‪http://m.youtube.com/#/watch?v=hugY9CwhfzE&desktop_uri=%2Fwatch%3Fv%3DhugY9CwhfzE&gl=IT …‬

…………

#42 Evrest regarda par la fenêtre, autant pour s’informer du temps qui ne s’améliorait pas, que de Graziano.

#43 La lumière sous son perron se balançait généreusement. Au moins l’avait-il allumée. Il irait le voir, plus tard.

#44 Puis il repensa à elle, ce temps maudit le rendit nerveux, il pensa à son corps rassurant lorsqu’il l’embrassait

#45 « Tu n’as rien vu à Hiroshima. Rien » Cette phrase lui revenait en boucle, cataclysme artistique de temps de règne

#46 « Temps de Reine… » pensa-t-il. Sa masure trembla plus fort. Tu n’as rien vu à Hiroshima. ‪‬ ‪http://www.youtube.com/watch?v=maK7imHsDHo …‬

#47 Il l’appela, prépara sa phrase, emplit son coeur couru vers elle…de flaque en flaque…ligne morte, encore.

#48 « Pas question de prendre l’avion, me fait trop peur », l’entendait-il encore près de l’oreille. Avec ce temps…

#49 L’imaginer au loin mais en chemin, seule mais venant vers lui, lui fit perdre patience autant que l’entretenir.

#50 Il se décida à rejoindre Graziano, ne sachant plus vraiment lequel des deux en avait le plus besoin.

#51 La porte sembla s’envoler de ses mains, il lutta pour refermer. « Le dehors se déchaine vraiment alors » se dit-il

#52 Raison de plus pour aller voir si son voisin avait besoin de quoi que ce soit. Il lui sembla sauter dans le vide

#53 La foudre fut si violente que Evrest et Graziano anticipèrent son impact avant qu’elle ne s’abatte.

#54 Les deux hommes mastiquèrent un peu plus longuement leur bouchée puis l’avalèrent. Pain huile d’olive.

#55 Mâcher, mâcher encore, se retenir d’engloutir, et reprendre à mâcher. Alors se libèrent encore d’autres aromes.

#56 Paroles rares, les roulements du tonnerre prenaient le-dessus de chaque chose. La nappe leur collait aux coudes.

#57 – « Ca suffit ! » gueula Graziano comme s’il lui prenait l’envie d’être fou. Evrest s’était éteint, la télé non.

#58 Comment serait la tempête sur le navire? La question ne se posait pas, la réponse se tordait d’un mal de ventre

#59 Graziano qui avait toujours tenu à maitriser le maitrisable et à laisser le sort aux autres ne tenait plus.

#60 L’humanité en proie aux excés de la panique vue au JT le fit maudire l’image et le son. Il abaissa sans éteindre

#61 « Moi je reste ». Aucun consentement n’était attendu mais la foudre en décida autrement. Difficile de s’habituer.

#62 Tous deux s’étaient suffisamment engagés à s’isoler en haut de leur colline, personne ne penserait à eux.

#63 Evrest pensait à elle et il avait maintenant trop peur de la perdre pour en vouloir à quelqu’un.

#64 Le cerveau comme lavé par cette eau réunie en cascade, il s’assoupit. En souriant car ils parlaient d’évacuer.

————29/11/2012

#65 Ce fut le froid tout d’abord, celui des sommeils sans gloire, absorbé par l’éther, le froid donc à l’éveiller.

#66 Puis des glissements des gémissements des grognements, m’enfin…c’était quoi ? Une porte tremblante sans cesse.

#67 « Graziano? » « Aide-moi plutôt coglione! » L’armoire normande arrivée là par drakkar finissait de boucher l’entrée.

#68 « Mais…Graziano ! Laisse-moi rentrer chez moi ! Demain on s’y met, on barricade tout ! ». L’homme tendit le bras

#69 Evrest se leva suivre du regard le « vers » indiqué par le doigt gonflé. Le toit de sa bicoque se rua et disparut.

#70 Il pensa à elle, à son écharpe qu’il lui sembla voir s’envoler, à sa douceur secrète des forces qui l’habitaient

#71 Le vent détacha finalement le lambeau de toit devenu indécent à l’air libre. Révolté, déchaîné, blessé à mort.

#72Un bruit encore plus audacieux leur fit lever la tête, sourd comme un corps mort, bref comme une vie fauchée.

#73 « La cheminée. » prononça pour lui seul Graziano. Puis il se laissa glisser au sol, adulte éreinté, comme achevé.

…………

#74 L’air était sale, le carrelage trempé. Les bruits communs d’une cuisinière à bois que l’on charge l’éveillèrent.

#75 Puis Evrest replongea, il se l’imagina au milieu de l’océan sur un bateau de liège criant sans fin puis sourire.

#76 « Y donnent toujours des noms de bonne femme à ces monstres ! « . Graziano parlait seul, sans s’en formaliser.

#77 Evrest entendait sa grand-mère: » Il n’y a pas de bonne femme ! Pas plus que de mauvaise ». Juste femme.

#78 En amour, sanguin comme charnel, la disparition des chers saigne les vies en sursis. Jamais vraiment coagulées.

#79 Evrest aurait voulu partir en prose, dire que ceux qui baptisent les tempêtes furent ceux qui répudièrent Lilith

#80 Lilith, la femme démon, indigne de se coucher sur les tablettes d’argile de l’Ancien Testament. Pas toucher Adam

#81 Trouver une remplaçante, ersatz de femme, Ève sans sève et sans cervelle. Sauver l’honneur avant qu’il ne soit.

#82 Evrest aurait voulu divaguer ainsi sur le sujet, dire tout pour le plaisir, cracher par terre une fois de plus.

#83 Mais il comprit qu’il ne pouvait blesser son vieil ami avec sa thèse photocopiée. Cette tempête s’appelait Sofia

#84 Les experts auront eu entre les mains les instruments sophistiqués avec lesquels lire son nom.

…………….

#85 Tous était clos, dehors comme dedans et la lumière artificielle ajoutait à l’impression d’un temps d’à-côté.

#86 Les deux hommes se mirent à cuisiner. Émincer les légumes concentrait la tension, lâchant libre cours aux idées.

#87 Idées bien courtes car quoi faire ? L’air s’engouffrait dans la maison avec une furieuse envie d’en ressortir

#88 « Metti un po’ di vino rosso ! ». Le bruit de l’alcool déglaçant la cocotte couvrit pour un temps le cri sauvage.

#89 Puis les battements inconnus des objets familiers du-dehors reprirent à sonner leur requiem têtu.

#90 Les quelques larmes d’Evrest exorcisaient la rage qu’il contenait encore. Un trop-plein vital, comme souvent.

………….

#91 Ils se décidèrent pour le lave-vaisselle. Graziano ne l’utilisait jamais, il n’avait même pas de produit. A vide

#92 Deux assiettes, ils tenaient encore leurs verres et quelques couverts. Sans lessive. Pour la beauté du geste.

#93 La tecnologie, aussi vieille soit-elle leur servait de rempart face au naturel des foces destructrices du dehors

#94 Ils pensaient, l’un à coté de l’autre, l’un sans l’autre, et le lave-vaisselle entrainait leurs pensées.

#95 Ils ne risquaient rien ici, même plus de vivre. L’ailleurs s’était rendu inaccessible.

#96 C’était bien là pourtant qu’il lui faudrait aller.

#97 La lumière les surprit dans leurs gestes inutiles et son absence tira une ligne entre l’avant et l’après.

#98 Se rallumant elle rendit obscène l’univers froid qu’ils s’étaient simplement autorisé. Le noir repris forme.

#99 Signal morse de signes morts.

#100 La cuisine salon chambre à coucher se fit grotte, les pas de Graziano s’acheminèrent sans hâte vers le tiroir.

#101 Le bruit des gestes qui suivirent avait de familier qu’il témoignait l’envie de survivre dignement.

#102 L’allumette qui révéla les doigts bourrus, la peau gonflée, sembla s’éteindre mais attendit encore.

#103 La bougie, violente en un premier temps, parut s’adapter au plus mal au vent mouillé qui traversait la pièce.

#104 Leurs ombres, sans prendre leur part, accrurent en eux l’angoisse tendue entre les corps certains et l’inconnu.

#105 Le coup de tonnerre sembla leur annoncer la fin, si proche maintenant. Sans plus de limite à la surenchère.

#106 Puis un autre encore s’ajouta à la peur, une peur animale bien que censée. Incensé de penser que cela cesserait.

#107 Il voulut fuir, comme se jeter dans le vide malgré la mort certaine. Il ne se supportait plus sans voir dehors.

#108 Réfutant le danger, Graziano se leva pour recharger de bois la vieille cuisinière. Le petit tas était usé.

#109 Puis d’un geste lent, comme si l’heure de son émission était proche, il remit en marche la télévision.

#110 Malgré, ou bien à cause, tous ces drames induits par l’ordonnance divine, les pubs s’enchainaient. Survivez !

#111 Evrest savait, il avait vu, s’était penché pour écouter. Evrest connaissait ce lien funeste. Le déluge de pubs.

#112 Evrest savait comme tant d’autres que ce furent bien celles-ci à porter en leur sein flasque cette terreur sûre.

#113 Il avait tant crié, ils continuèrent, laissèrent faire, encouragèrent. Ce démon naturel était né de leurs mains.

#114 La terre rendait ce qu’ils lui avaient vomi dessus. Ils sont responsables, ils sont coupables.

#115 Ils avaient donné naissance à la foi du chiffre, à la loi du nombre. Faisant feinte de comptes à rendre.

#116 Ils avaient expertisé, commissionné, divisé, réduit, limé là où ça faisait mal, charlatans des temps anciens.

#117 Puis ils avaient produit, ajouté, évalué, sous-évalué, sur-évalué, ajusté un tir que nous autres savions fatal.

#118 Evrest se refusait de croire que nous en étions responsables. Eux, ne s’étaient-ils pas battus pour décider ?

#119 Jusqu’au moment ultime ne parlèrent-ils pas de choix à faire ? Un chef choisirait-il la voie d’extinction ?

#120 C’est pourtant bien ce qu’ils firent, affirmant sans détour au « paravent » la possibilité de choisir notre mort.

#121 Et l’impossibilité de choisir notre sort.

#122 Evrest savait, donc, il avait vu. Et cette tempête affirmait mieux que tout autre qu’il pensait vrai.

#123 Graziano aussi savait, sans rien voir il l’aurait reconnu. Le monde avait manqué 1 marche. Tout le monde tombe.

#124 Mais ceux qui s’étaient battus pour en être laissaient le savoir populaire au vestiaire: il est mal de voler.

#125 Evrest avait changé d’adversaire. Le géant au-dehors qui sautait à cloche-pied l’effrayait des actions passées.

#126 Il avait bien fait, tous ou presque avaient bien fait. Tel Graziano, toute une vie à tailler les bois.

#127 http://allsinnersserie.com/category/yumington-news/ …

#128 Evrest se jeta contre la porte, retrouva son combat, des pieds des mains de la tête se rua contre la fenêtre.

#129  Une digue du port a cédé et ce dehors qui restait enfermé !

#130 Evrest hurlait son sang, ruinait ses mains sur les barricades intérieures. Pris au piège. Graziano eut peur.

#131 Ils luttèrent, la force noueuse de l’âge aux pas tranquilles contre la colère noire de l’impuissance.

#132 Une tête cogna plus fort sur le carrelage. Graziano s’assura du souffle vital de celui qui défierait l’ouragan.

—————–30/11/12

#133 Ils se mirent d’accord, à eux deux peu de paroles suffirent. Si le port était devenu l’Atlantide, il chercherait

#134 Il voulait penser qu’elle était plus en sécurité sur un navire, même au milieu d’un océan. Une mer, déboire.

#135 Mais la seule image fictive et fugitive d’elle criant sa peur, seule sans lui, en manque d’eux, le fit vaciller.

#136 Il voulait s’approcher, venir à sa rencontre, tendre sa main plus loin encore que ses pensées de coeur serré.

#137 Le craquement des volets internes que Graziano déchira accompagna l’entrée frêle d’une lumière encore gisante.

#138 Sous cette lueur mort-née les deux hommes édifièrent le seul plan d’attaque qui leur semblait honnête: plonger.

………

#139 L’ensemble ne voulait plus rien dire, et rien ne ressemblait plus à rien.

#140 Tout était lié, emmêlé, empêtré l’un dans l’autre, des assemblages grotesques, outranciers, défoncés.

#141 Derrière cette fenêtre fermée sur ce monde interdit, Evrest ne put reconnaitre la Terre. Venus peut-être.

#142 « Venus in furs » murmura-t-il, les poils dressés comme un animal furieux. ‪http://www.youtube.com/watch?v=AwzaifhSw2c …‬

………

#143 Le jour se faisait rare, avare, sur la petite colline dressée sur les ruines de Yumington. Cité engloutie.

#144 Deux hommes isolés de la ville, délaissés hier aujourd’hui enviés par qui, à leurs pieds, se noyaient en masse.

#145 youtube.com/watch?v=6WNrDCRjd7k … Deux hommes qui ne savaient plus. Un démiurge insolent. Un navire dérouté. Une femme jetée.

………

#146 pic.twitter.com/blrzqifD

#147 pic.twitter.com/qmVASBVa

#148 pic.twitter.com/BqWYrc2y

#149 pic.twitter.com/rAyT3YGa

—————-01/12/2012

#150 Il lui fallait rejoindre le port. « Toutes les eaux mènent au port. Une femme dans chaque port. Elle, seule »

#151 C’est ainsi qu’Evrest l’imaginait, seule. Ne pas être ensemble voulait dire pour chacun être seul.

#152 Ainsi la pièce fut emplie d’objets hétéroclites, l’air parfumé de chevreuil en ragoût. Et leurs pensées muées.

#153 Evrest se chargea ainsi des objects les plus lourds ou encombrants. Graziano gérait lui le nécessaire technique.

#154 Ils parlaient à voix basse, échangeaient des secrets de chemin des merveilles, libres de cette terreur.

#155 Et le retour festif, joyeux de l’innocence. La porte en se rouvrant partageait la victoire d’un corps en lutte.

#156 La tempête, depuis, avait déporté le fragile, sectionné le futile, humilié l’imposant. L’attente était vide.

#157 L’autre disparu, hâpé par l’angle mort, c’est alors que pour l’un se défilait l’attente, encombrée de fantômes.

#158 Pour rejoindre la remise en pierre, seuls les dix derniers mètres s’ôtaient au regard de qui restait à l’abri.

#159 Ils avaient passé les heures stagnantes et figées du jour à courir les risques non couverts par la raison.

#160 L’inondation seule les avait épargnés, l’eau dévalait la colline, volait sa terre et s’enfuyait longtemps.

#161 Evrest, fier de l’énorme chambre à air de tracteur qui demain le porterait par-delà les flots, en fit son lit.

………..

#162 Trop longtemps Evrest avait écouté. Trop souvent il avait obéi. Trop rarement, il obtint ce pour quoi il vivait.

#163 Les lois qu’il respectait aujourd’hui n’avaient plus grand chose à voir avec celles civilisées du monde facile.

#164 Ce monde qui laissait mourir les autres pour nourrir les uns attablés au banquet funeste de leur gloire. Attila.

#165 Ils ne croyait plus aux lois d’éducation, trouvant cyniques les assassins instruits. Les destructeurs savants.

#166 Il ne croyait plus aux chemins tout tracés comme les frontières obscènes des cartes militaires. Pouvoir papier.

#167 Il refusait de croire leurs proverbes et dictons. Ils savait les experts menteurs comme des machines.

#168 La vie n’était autre que disparition. La conservation du corps et des idées, contre nature.

#169 Alors il s’élança, l’esprit en éclaireur, pour permettre à son corps de renoncer à la peur.

#170 L’éclat de souffle froid qui le cueillit après les premiers mètres, le lâcha révolté de n’être à ses côtés.

#171 La boue glacée dévalait la colline, fut son premier radeau. Il y glissa son corps têtu de foi tendue vers elle.

………………

#172  http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=rCQFWu1TQWE …

#173 De nouveau seul, Graziano replia son mouchoir, se mît la corde au cou et sauta dans le vide de son existence.

#174 Sur sa bouée, Evrest allait vanter tous les délices de l’île flottante, un cadavre gonflé le fit attendre.

#175 Dans cette partie haute du district, l’eau laissait défiler les immeubles et les arbres dans rythme lent.

#176 La bouée pour un instant épousa une branche, le cadavre s’éloigna, le fit penser au Gange.

#177 Puis il ne vit plus personne.

#178 L’évacuation avait porté ses fruits de mer, délaissant derrière elle de nombreuse coquilles vides.

#179 Puis le fil de l’eau se fit plus tendu, les ruelles de Petite Italie convergeaient rapidement vers Yumington.

#180 Sous ses eaux larges le boulevard avait figé l’instant et rien ne laissait croire qu’il voulait y repenser.

#181 Ici, le vent retrouvait la force déployée en haut de la butte quittée le matin même. Il fallait trouver refuge.

……….

#182 L’eau arrivait presque encore à hauteur de fenêtre. Une fenêtre de couloir anonyme avec moquette tampon Jex.

#183 La chambre à air continua sa croisière nocturne, accéléra sur quelques mètres. Sans lui elle filait majestueuse.

#184 Il pensa à Graziano, se l’imagina finir de ramasser les miettes, plier la nappe. Poser son verre dans l’évier.

#185 Il essaya d’ouvrir des portes, toutes plaquées du même anonymat mais s’affirmant dans le paillasson à leur pied.

#186 Toutes fermées à clé. Fatigué de penser, il ne chercha pas à savoir si c’était par optimisme ou conservatisme.

#187 Il était ici, il s’y coucha.

……….

02/12/2012

#188 Le claquement du cadre électrique, la lumière qui lui fit suite inscrivirent la cage d’escalier dans l’attente.

#189 Il resta tel quel, à terre, ces pas montaient par paires.

#190 S’affichant au fond du couloir, le couple s’arrêta à la première porte lointaine avant de sentir sa présence.

#191 Et d’instinct de reculer devant l’hypothèse du danger.

#192 Puis lui voulut se protéger, entrer chez lui sembla une évidence que l’empressement empêchait de bien réaliser.

#193 Mais ce fut elle à le bloquer. « Attends…vous êtes blessé ? »

#194 « Non merci, mais c’est gentil de demander ». Ils étaient propres, inquiets, parfumés, dévastés.

#195 L’homme l’aida à se relever, Evrest, les jambes ankylosées vacilla pourtant, embarrassé.

#196 La lumière se coupa. Pour un instant, rien ne les fit bouger. « Entrons » dit-elle.

#197 Evrest aurait voulu expliquer. Qu’il voulait son chez-soi, qu’il voulait son amour.

#198 Que plus rien désormais ne justifiait le jour.

#199 Il resterait là, sans attendre, il ne pouvait entrer, ni ne voulait connaitre un bonheur étranger.

#200 Elle, commença à pleurer, finit d’ouvrir la porte et s’échappa derrière.

#201 Et lui, à peine disparue, en ressentit le manque. « S’il vous plaît… »

#202 L’intérieur s’offrit tamisé, la main-mise qui y régnait combattit dans ses yeux le chaos de ces jours amputés.

#203 A peine passée l’entrée pourtant, il recula d’un bond, courut dans le couloir et sauta par la fenêtre.

#204 Ce ne fut ni l’eau pleine, les bouillons noir ébène ou le flux incessant qui lui firent pourtant crier sa peine.

#205 Les images s’imprégnaient à mesure qu’il cherchait à prendre le contrôle sur l’élément fuyant. Il avait vu.

#206 Il avait vu la file…comme des fourmis indignes…suivre à la trace, pister cette vie qui semblait s’échapper.

#207  pic.twitter.com/kJbqhWfI

#208 pic.twitter.com/WOkHEaWM

………

#209  http://www.dailymotion.com/video/x2qh48_dominique-a-trombes-d-eau_music …

#210 La décrue révélait les corps meurtris, éclatés des édifices et peu à peu Yumington recouvrait son visage.

#211 Bras de mer, fleuve en pluie et leurs vents suicidaires crurent pour quatre jours dominer cette terre, pourtant.

#212 L’arbre ébouriffé au soleil singulier des jardins délaissés en nuages anodins, tous ensemble, respiraient enfin.

#213 Seul l’humain claudiquait.

#214 Seul l’humain regardait son voisin, croisait son désespoir espérant s’y revoir, confrontait ses horreurs.

#215 Seul l’humain pleurait sur ses erreurs.

#216 Et le Dieu de chacun, celui qui portait chance, prié à tour de main, en prit pour son orgueil.

………….

#217 Evrest s’était échoué et son corps mentait sur la place désertée comme une plage d’hier. Il survivrait encore.

…………..

#218 Evrest, algue sèche.

#219 Puis se reprendre. Démontrer à lui-même ce qu’il voulait entendre. Orgueil du fruit abimé en souvenir de fleur.

#220 Retomber dans ses cendres.

#221 Rire à la volonté, sourire en train d’attendre.

#222 Mourir, abandonner l’idée. De vivre sans repentir, se promettre à jamais.

#223 Retomber en décembre.

#224 Puis accrocher la lune retourner sur la terre décrocher du bitume s’enfuir mais s’évader.

#225 Les pieds couleur je meurs.

#226 « Tu n’as jamais vu Yumington, jamais… »

#227 « Le temps des adieux est le temps merveilleux, celui qui rend vivant le mort à court de temps, l’amour attend. »

#228 « L’amour attend, regarde, passe la main, ne revient. »

#229 « L’amour fuit les tempêtes, résonne loin des orages puis déclenche lorsqu’il manque l’oubli de sa raison.  »

#230 « Tu n’as jamais vu Yumington, jamais »

#231 Evrest pensait donc, voulait se révolter.

#232 Que la mort gagne encore passe encore…regarder son visage, découvrir son regard, oublier l’existence. Encore.

#233 Encore sombrer pour elle, retourner chercher l’air et reprendre son souffle, le tenir à jamais.

#234 Manger son coeur d’envie.

#235 Et vouloir en reprendre. Ne pas se contenter, ne pas savoir combien. Mais tout faire, et pourquoi pas demain ?

#236 Une camionette s’arrête s’enquête et sans envie se gare près du corps morne, épave ancre levée.

#237 Puis des pavés secouent, rebondissent élargissent retentissent et se glissent dans tous les interstices.

#238 Corbillard de croque-morts consumés aux poppers. N’aies plus peur.

#239 Ils rigolent. « On dira qu’il était mort « . La portière claque…des flaques… cloaque. Clignote. Crying Raven Bar.

# 240 Le silence, cette fois-ci inutile.

#241 Puis des vitres sourdes aux éclats de rire fous.

#242 « Le courage des oiseaux… »

#243 youtube.com/watch?v=SgeI6G4CLMk …

#244 Alors seulement, alors maintenant, parce qu’après encore il sera trop tard.

#245 Evrest se relève, décroche le rideau, en essuie la fenêtre et aperçois la fête.

#246 La portière grince un peu pour embellir ses pas, le mettre dans le rythme de qui danse ici-bas.

#247 Décrochant ses rotules ravalant l’amertume, encore le monde entier à lui seul affronter, cognant sur la vitrine.

#248 Le front coulant de sueur et la brume du malheur.

#249 Du brouillard intérieur, explosé retenu, juste un peu, par le souvenir proche de qui pouvait le dire, une main.

#250 Une main qui efface, d’un geste revenu, la buée qui le sépare de celle qu’il avait toujours vue.

###############

03/12/2012 23h58  …………………………………..

Vous pourrez lire la #TwitterFiction de l’architecte de la AllSinnersSerie – @balek – ici :  http://allsinnersserie.com/la-serie/

Links vers les #TwitterFiction d’autres twitt’acteurs et twitt’actrices

@ARRIBASNatalia: http://dzahell.fr/?page_id=477

@16ames: http://www.16ames.blogspot.fr/2012/12/all-sinners-twitterfiction.html

@Steelwood1: http://johnsteelwood.wordpress.com/2012/12/03/derniere-serie-de-tweets-allsinnersserie/

@sakochmaar: https://apartirduneant.wordpress.com/2012/12/03/ma-participation-au-festival-de-fiction-transmedia-all-sinners/

@DixDeTrefle: http://dixdetrefle.yagg.com/2012/12/02/toute-laventure-de-g-kadarn-pour-all-sinners/

@marlene_tissot: http://monnuage.free.fr/All%20Sinners.htm

@twitdefllo: http://www.makecreation.com/twitterfiction/

@16ames a crée une liste de liens encore plus complète ici: http://16ames.blogspot.fr/2012/12/all-sinners-twitterfiction-les-histoires.html


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